"Si je suivais mon goût, je saurais où buter,
Mais j'ai les miens, le peuple, la cour à contenter..."
Je lis sur le site de Libération:
AFP-
Le grand oral télévisé de François Hollande
jeudi soir a peu convaincu les Français, selon un sondage, et a suscité ironie
et critiques à droite et à la gauche du PS … Pour de nombreux journaux, le chef de
l’Etat ne s’est pas montré à la hauteur de la situation car, comme le résume
Midi Libre, il lui «manque encore
l’essentiel pour vaincre la crise : l’audace du combattant»… Dans
l’entourage du président vendredi, on reconnaissait un côté «un peu trop techno» à la longue partie
économique et sociale de son intervention, «mais en même temps ce sont des
sujets techniques où il faut donner des
précisions sinon on vous reproche d’être flou». Jean-François Copé,
président de l’UMP, a vu un «terme affreux» dans l’expression «boîte à outils»
utilisée par M. Hollande. «C’est quoi le
président de la République maintenant ? Quelqu’un qui est dans un garage pour
réparer une carrosserie ?». François Fillon a estimé que François Hollande
n’était «pas un président qui combat la
crise mais un président qui l’aggrave». L’ancien ministre UMP Xavier
Bertrand l’a accusé de «faire semblant»
de comprendre la crise et de réformer. «On ne peut pas apporter des petites réponses sorties d’une petite boîte
à outils de bricolage», a aussi dit la présidente du FN Marine Le Pen… etc.
etc
François Hollande n’a pas convaincu et on pouvait s’y
attendre. Les médias ont raison de parler de « grand oral » :
assis devant David Pujadas, on aurait dit un petit étudiant anxieux de
convaincre un examinateur.
La vérité est que quoi qu’il fasse ou ne fasse pas, qu’il dise ou ne
dise pas, le président de la République semble bien avoir passé le point de
non-retour. Au stade où il en est, la seule chose qu’il aurait pu tenter pour renverser la vapeur, c’était de faire le meunier.
Oui, le meunier de La
Fontaine, qui avait un fils, un âne qu'il voulait vendre... et une foule de gens pour le critiquer
quoi qu’il fît. S'il avait été aussi intelligent que le meunier de la fable, à peine arrivé sur le plateau, Hollande aurait salué Pujadas et les huit millions de téléspectateurs d'un bon coup de poing (métaphorique) sur la table, et leur aurait tenu un discours de ce genre:
« Il
y a dix mois les Français m’ont élu. À en croire les sondages, beaucoup ont
changé d’avis. Tant pis pour eux! À
compter d’aujourd’hui et pour encore quatre ans, sondages ou pas sondages, journalistes ou pas
journalistes, je n’écouterai que mes ministres et mes proches conseillers et puis
je trancherai.Aucun tweet, aucun buzz, aucun article de presse ne m’empêchera
de garder mon cap et de remplir de mon mieux
mon devoir de président. Les électeurs changent d'opinion comme de chemise: mon but n’est pas de leur plaire à chaque instant mais de
redresser notre pays, dans la mesure du possible et en fonction de la terrible crise que nous traversons".
Et il aurait conclu: "Je suis âne il est vrai, j’en conviens,
je l’avoue ; mais
que dorénavant on me blâme, on me loue, j’en veux faire à ma tête ». Au revoir et à 2017".
Après quoi le président-meunier se serait levé et, tête haute et avec la plus grande dignité, aurait quitté le
studio. On imagine la tête du Pujadas, la panique à France Télévision…
Bien sûr une telle attitude est inconcevable. Ni Hollande ni personne n'aura jamais le toupet d'envoyer valser les médias et les instituts de sondage. Car le seul objectif d’un élu, à
commencer par le président de la République, n’est pas de se consacrer corps et
âme au pays dont il a la charge, mais d’être réélu. Son seul souci n’est pas
d’être au service de la communauté, mais de plaire au plus grand nombre. Pour être réélu.
Personne ne semble avoir compris que les sondages
d’opinion, dûment relayés par la presse et par internet, sont en train de tuer la démocratie.